Par Franck Ferrand

C’est officiel depuis le 1er janvier 2007 : le gouvernement français vient de proposer l’inscription par l’UNESCO, sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité, de quatorze citadelles de Vauban. Une manière solennelle de saluer la mémoire du grand homme à l’occasion du tricentenaire de sa mort, le 30 mars 1707. Et pour nous, une occasion choisie de rappeler qui était Vauban et de souligner l’intérêt exceptionnel de la fameuse collection des plans-reliefs de l’hôtel des Invalides.

Le grand stratège, preneur de cités et surtout défenseur hors pair, l’architecte de trois cents places fortes (dont plus de trente créées par lui), a occulté, dans l’opinion commune, l’autre facette du « bonhomme Vauban » : celle d’un humaniste attentif à toutes les conditions, d’un sociologue avant la lettre, d’un véritable fondateur en France de l’économie politique.
Toute la carrière militaire de cet homme sorti du rang pour devenir, en fin de compte, maréchal de France, tout son parcours de soldat, auront été guidés par l’obsession d’épargner des vies et d’améliorer le quotidien des combattants. Plusieurs fois blessé lui-même, témoin d’abord impuissant des sièges sanglants de sa jeunesse, il n’aura de cesse d’inventer les moyens de rendre ces assauts moins meurtriers – tant pour les assaillants que pour les défenseurs.

Commissaire général des Fortifications à partir de 1678, il est astreint à de longs déplacements à travers le royaume, occasion incessante d’observer les provinces traversées et de rencontrer les sujets souffrants du roi de France. Ainsi Vauban prend-il conscience des conditions de vie de ses contemporains. Installé dans sa basterne – un bureau volant porté par des mulets -, il meuble ses heures de voyage à rédiger les Oisivetés, recueil d’observations et de réflexions à la confluence de la démographie, de la géographie et de l’économétrie.

Plans ReliefsMais c’est sans doute en matière fiscale que les préoccupations « sociales » de Vauban se manifestent avec le plus de vigueur. Né pauvre, élevé à la dure, il a beaucoup médité sur l’injustice du système de la Ferme générale. Peu de temps avant de mourir, le 30 mars 1707, le grand homme publiera, non sans audace, son Projet d’une dîme royale prônant non seulement la progressivité de l’impôt, mais l’égalité de tous les sujets sans exception devant une contribution considérée comme engagement civique. Comment s’étonner, après de telles initiatives, que Vauban se soit fait d’innombrables ennemis, créant lui-même les conditions sa disgrâce ?

Pourtant, le roi Louis XIV et son ministre Louvois se sont longtemps appuyés sur cet homme sain et droit, qui refuse les artifices et les faux-semblants de la Cour. Il s’est toujours prononcé franchement sur les sujets les plus épineux… Et celui que Voltaire appellera

« le premier des ingénieurs et le meilleur des citoyens »

est seul ou presque à s’élever contre les conséquences funestes de la révocation de l’Edit de Nantes, ou la généralisation des dragonnades. Aussi bien, quelque action que l’on retienne de Vauban, elle paraît – sous un rude caractère – dictée par la tendresse du cœur et la noblesse de l’âme.

Pour la première fois en 1668, Louvois avait commandé à Vauban une fortification d’un genre très particulier : réalisée en miniature, à l’échelle d’un pied pour cent toises (soit au 1/600e environ), ses deux objectifs étaient de fixer la réflexion des stratèges et de rendre visibles les améliorations susceptibles d’être apportées aux ouvrages défensifs. La première maquette ainsi commandée fut celle de Dunkerque ; suivirent notamment une dizaine de villes des Flandres espagnoles. Puis, considérant l’utilité de ces modèles de cités et – sans doute – la fascination qu’elles ne pouvaient manquer d’exercer, le principe en fut généralisé.

« Il y a un relief de Namur dans les Tuileries, écrit Vauban à Louvois en octobre 1695 ; je vous demanderai d’avoir la complaisance d’y venir avec moi. Je vous ferai toucher au doigt et à l’œil tous les défauts de cette place, qui sont en bon nombre, et en même temps vous ferai apercevoir comment se pourrait corriger celui qu’on m’impute. »

Cette incroyable collection de places fortes en réduction s’accroît durant tout le règne de Louis XIV, au gré des conquêtes militaires de l’insatiable souverain… Puis elle se poursuit, sur un mode minoré, jusqu’à la Révolution. L’Empire, bien sûr, mais aussi les régimes qui lui succèdent, s’emploieront à renouer le fil ; et il faudra attendre 1870 et la fin définitive de la fortification bastionnée, pour que les stratèges français n’acceptent d’y renoncer.

À l’époque, la collection compte quelque cinquante « plans-reliefs » – car tel est le nom que l’on a fini par donner à ces maquettes aussi précises qu’attrayantes. La galerie qui les abrite, aux Invalides, ne fait pas seulement figure de grande curiosité : elle présente aussi un intérêt topographique et historique majeur, en offrant à la postérité une mine de renseignements inestimables sur l’architecture militaire et civile, l’urbanisme, voire l’agriculture de chaque époque d’élaboration.

Plans ReliefsClassée au titre des Monuments historiques par arrêté du 22 juillet 1927, la collection suscite la mise sur pied, pendant l’Occupation (en décembre 1943), du musée des Plans-reliefs. En dépit des nombreuses demandes de décentralisation déposées par les différentes communes concernées, la collection est conservée dans son intégrité jusqu’en 1984. Cette année-là, le Premier ministre n’étant autre que le maire de Lille, Pierre Mauroy, dix-neuf maquettes (nombre ramené à seize en 1995) seront transférées vers la métropole du Nord de la France… Aux Invalides, un nouveau musée a été inauguré à l’été 1997 ; il attire aujourd’hui de nombreux visiteurs, émerveillés comme des enfants par les prouesses miniaturistes des ingénieurs de M. de Vauban.

Musée des Plans-Reliefs
Hôtel des Invalides à Paris
du 1er octobre au 31 mars, de10h à 17h
du 1er avril au 30 septembre, de10h à 18h.
Fermeture le 1er lundi de chaque mois, et les 1er janvier, 1er mai, 1er novembre et 25 décembre.

Galerie des Plans-Reliefs
Palais des Beaux-arts de Lille
Le lundi de 14h à 18h
Les mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche de 10h à 18h
Fermé le lundi matin et le mardi

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