Île de Beauté, terre de contrastes

Quinze jours de marche, 200 km à parcourir, un dénivelé total de 10.000 mètres, des montées à couper le souffle récompensées par des paysages époustouflants. Vous êtes en Corse !

Vous l’avez sans doute remarqué, la simple évocation du nom de Corse suscite généralement des réactions mitigées. Mais s’il y a un point sur lequel tout le monde tombe d’accord et qui ne se discute pas, c’est bien l’impression laissée par la beauté de sa nature. Plus qu’une île, elle est une «montagne au milieu de la Méditerranée», comme l’a écrit l’historien Fernand Braudel.

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Ses paysages montagneux encouragent à laisser la voiture au garage et à parcourir ses massifs en empruntant ses sentiers balisés. Comme tout autre massif français, vous pouvez traverser l’île de Beauté en suivant un sentier de grande randonnée, plus connu sous le nom de GR20, encore appelé «Fra li monti» (entre les montagnes). Créé en 1972, il est devenu depuis une institution. De Calenzana en Balagne à Conca dans le golfe de Porto-Vecchio, le GR20 suit la ligne de partage des eaux de la partie la plus septentrionale de l’île vers l’extrême sud-est de la corse, épousant le relief montagneux du Parc naturel régional qui couvre plus d’un tiers de l’île.

Considéré comme le sentier d’altitude le plus difficile d’Europe, il est aussi l’un des plus courus. Pas moins de 10.000 aventuriers rêveurs venus des quatre coins du monde tentent de relever le défi chaque année.

Mais outre les difficultés physiques que propose le GR 20, c’est bien la diversité de ses paysages qui fait sa réputation. Au menu des réjouissances : forêts de pins et de hêtres à flancs de colline, plaines désertiques, cratères sculptés par l’érosion, aiguilles rocheuses aiguisées par le vent, sommets couverts par la neige, mais aussi lacs couleur émeraude, torrents, cascades cristallines, et vues plongeantes sur la mer. Le tout embelli par des lumières et des couleurs somptueuses, celles du sud et de la Méditerranée.

Ces petits coins de paradis contrastent fortement avec la foule et l’agitation des stations balnéaires, et ceux qui recherchent tranquillité et «ressourcement» ne seront pas déçus !

La route ne croise en effet que deux villages (Vizzavona et Bavella), et évidemment quelques bergeries et refuges qui fournissent de quoi se loger pour la nuit. Ces haltes sont primordiales pour le randonneur, car il faut souvent compter entre cinq et huit heures de marches par jour. À raison d’une étape par jour pendant deux semaines et avec un dénivelé total d’environ 10.000 m, l’itinéraire est plutôt musclé !

Rien ne sert de courir…
Comme l’avoue avec une pointe d’ironie M. Zuccarelli, attaché au service randonnée du Parc naturel régional corse, «beaucoup de gens arrivent avec leurs projets de randonnée sans vraiment voir que la Corse, c’est une montagne !». Le GR20, vous l’aurez compris, est généralement conseillé aux sportifs chevronnés. Cependant, en étant en bonne santé et avec un minimum de préparation physique, la marche de refuge à refuge est à la portée du grand public, pour peu que quelques règles dictées par le bon sens soient respectées.

La Corse

Aussi élémentaire que cela puisse paraître, le manque d’eau et la chaleur peuvent transformer la moindre étape en calvaire sans nom. Un départ aux aurores, idéalement vers 7 h du matin, est préférable pour éviter de marcher pendant les heures les plus chaudes de la journée. Ce conseil permet aussi d’éviter les orages estivaux pouvant surprendre le randonneur en fin de journée et de ne pas se laisser piéger par la règle du «premier arrivé, premier servi» qui prévaut dans les refuges de montagne.

Corsica

Plus gîtes à l’ancienne que grosses structures d’accueil, ceux-ci n’acceptent aucune réservation et sont souvent pris d’assaut lors du pic de fréquentation saisonnière (de mi-juillet à mi-août). Mieux vaut aussi être averti à l’avance de leur confort très rudimentaire. Le randonneur y trouve la convivialité et la chaleur d’une communauté de marcheurs partageant volontiers ses bons plans, histoires insolites et autres anecdotes croustillantes sur les expériences de chacun, mais point de lits molletonnés pour soulager le dos meurtri ou même de simples baignoires dans lesquelles se prélasser et détendre les muscles.

Reconnaissons tout de même que la prestation des gîtes émaillant le GR s’est bien améliorée ces dernières années, puisque tous offrent désormais de fin mai à fin septembre des possibilités de restauration. Les menus proposés sont simples, mais revigorants. Pâtes, saucisson et fromage corses suffisent souvent à faire le bonheur des marcheurs ! Il est de plus possible d’échapper à la promiscuité des dortoirs (et aux ronflements importuns) en bivouaquant : le camping, strictement interdit partout ailleurs, est autorisé à proximité de tous les refuges. Certes, la surcharge pour les sacs à dos est conséquente –sachant que celui-ci ne doit en aucun cas dépasser la quinzaine de kilos pour les femmes, et la petite vingtaine pour les hommes – mais les nuits étoilées corses valent bien cette peine. En août, quand les étoiles filantes sont de sortie, dormir à la belle étoile devient un spectacle féerique : un bal lumineux est donné sous vos yeux.

Corsica

Retour aux réalités plus prosaïques. Niveau matériel, de bonnes chaussures de randonnée sont indispensables mais certains accessoires comme un bâton télescopique peuvent aussi rendre un fier service dans les nombreuses descentes escarpées. Les chaînes ou échelles utiles à certains points du parcours comme dans la désescalade de la crique de la Solitude sont déjà montées sur place au niveau des quelques points de passage difficiles qui nécessitaient un aménagement.

Port de Corse

Pas de frayeur cependant à avoir. Si certains tronçons du parcours sont un peu plus délicats, nul besoin d’être un initié de la varappe ou de l’escalade. Répétons que le GR est techniquement accessible au plus grand nombre : sa difficulté réside principalement dans sa longueur, ses forts dénivelés, et des conditions climatiques éprouvantes, expliquant ainsi que seuls 30% des marcheurs qui suivent ses traces parviennent à effectuer la traversée dans son intégralité.

La Corse vue de l’intérieur
Que l’expérience est belle pourtant ! Toute excursion pédestre dans les montagnes corses a plus encore à offrir que la très gratifiante mais somme toute traditionnelle satisfaction de l’objectif atteint, du sommet dompté, de l’étape bouclée. Au-delà même des joies sensorielles que réserve un des territoires français les mieux préservés écologiquement avec ses sites classés, ses réserves naturelles, et la richesse de sa flore – 2.835 espèces recensées dont plus d’une centaine que l’on ne trouve nulle part ailleurs – tout randonneur quelque peu à l’écoute du territoire sur lequel il évolue peut ressentir une jubilation inattendue, intime, secrète : la rencontre avec l’«âme corse».

La Corse

Si la montagne remplit littéralement le paysage insulaire (70% de la superficie de l’île), elle est surtout l’écrin de la culture corse, le fruit d’une histoire faite de résistance aux invasions, le dépositaire d’un esprit de combativité et du refus de compromission, bref, le creuset de l’identité et de l’imaginaire collectif corses.

Qu’on se le dise, les Corses, bien plus bergers que pêcheurs, n’ont guère le pied marin. C’est qu’elle leur en a joué bien des tours, la Méditerranée, charriant sans répit sur les côtes de l’île de Beauté envahisseurs, mercenaires et pirates de tous poils. Face à cette mer un peu traîtresse, les Corses ont trouvé refuge dans l’intérieur des terres, recelant des caches provisoires dans les épais maquis, regorgeant dans les montagnes d’abris viables et imprenables pour qui n’y est pas familier.

Corsica

Si Romains, Vandales, Goths, Byzantins, Lombards, Francs et autres Maures connurent des succès très divers en Corse, aucun ne domptèrent ses montagnes d’où se développèrent donc de multiples mouvements de résistance, de la révolte d’Ugo Colonna contre les Maures au 9ème siècle à l’opposition orchestrée neuf siècles plus tard par Pascal Paoli contre la domination génoise. Et quand il fut question d’installer une capitale rebelle, Corte, ville nichée au cœur des massifs corses et surnommée «U Centru di Corsica» fut naturellement choisie.

La nature fait bien les choses, dit le dicton. En Corse plus encore qu’ailleurs, serait-on tenté d’ajouter. Il ne saurait tenir au hasard que la rencontre avec ce peuple terrien et son patrimoine rural requière quelque peu d’opiniâtreté et d’entêtement dans l’effort physique. Après tout, ces mêmes adjectifs décrivent à l’envi la mentalité corse, et nul doute que ces montagnes-forteresses furent pour beaucoup dans l’obstination et la résilience légendaires du caractère corse.

Corsica
CC BY-NC by guido.menato

Vécue comme une aventure totale, physique mais aussi humaine et culturelle, la randonnée en Corse se mue alors en une expérience donnant à voir une Corse parfois âpre et ardue, mais infiniment majestueuse et fière. La Corse des Corses, tout simplement.

La Corse

Randonnée pour tous
Le GR20 : parcours difficile pour les plus sportifs et les plus ambitieux, à déconseiller aux moins de 15 ans, pour des raisons physiques aussi bien que psychologiques.

Durée : 15 jours. Possibilité cependant de ne faire que quelques étapes ou de parcourir uniquement le tronçon nord ou le tronçon sud. Sachez en outre que le sens sud/nord, s’il est moins populaire, est considéré comme plus facile car il permet une mise en jambe plus douce sur les premières étapes.

Praticable de mai à octobre sans enneigement, juin et septembre sont deux mois idéals pour s’assurer calme et beau temps.

Cinq sentiers intermédiaires : deux «Mare e Monti» (mer et montagne) et trois «Mare a Mare» (mer à mer). Durée : entre 8 et 10 jours.

Sept randonnées de village : faciles et circulaires. Idéal pour les familles avec enfants. Durée : 3 à 5 heures chacun.

Balades sur la côte et à l’intérieur des terres : tout niveau. Durée : entre 1 et 5 heures chacune.

Info
Maison d’information Randonnée du Parc naturel régional de Corse
2 rue Sergent Casalonga, Ajaccio
Tél.: 04.95.51.79.10 ; fax : 04.95.21.88.17.

Guide référence édité par le Parc naturel régional corse avec cartographie et suivi détaillé étape par étape.
Deux organismes corses pour des randonnées à la carte, encadrées ou en liberté, avec portage des sacs possibles,
Couleur Corse, 04.95.10.52.83,couleur-corse.com
In Terra Corsa, 04.95.47.69.48, interracorsa.fr

Y aller
En avion
Air France, vols quotidiens de Paris à Bastia et Ajaccio, airfrance.fr

En bateau, avec des NGV (Navires à Grande Vitesse)
Nice-Ajaccio en 4h
Nice-Bastia en moins de 5h
Corsica-Ferries, corsicaferries.com

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