{"id":18614,"date":"2019-08-18T15:55:42","date_gmt":"2019-08-18T13:55:42","guid":{"rendered":"https:\/\/lefrancophile.com\/charles-aznavour-je-veux-que-mon-depart-soit-joliment-orchestre\/"},"modified":"2025-11-25T06:11:16","modified_gmt":"2025-11-25T05:11:16","slug":"charles-aznavour-je-veux-que-mon-depart-soit-joliment-orchestre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/charles-aznavour-je-veux-que-mon-depart-soit-joliment-orchestre\/","title":{"rendered":"Charles Aznavour : \" je veux que mon d\u00e9part soit joliment orchestr\u00e9 \""},"content":{"rendered":"<p>Interview de Charles Aznavour avant ses concerts aux \u00c9tats-Unis dans le cadre de sa tourn\u00e9e d&#8217;adieu 2006<\/p>\n<h1><span style=\"color: #800080; font-size: 18pt;\"><b>CHANSON Charles Aznavour revient aux \u00c9tats-Unis pour une ultime tourn\u00e9e d&#8217;adieux  <\/b><\/span><\/h1>\n<p><b>\u00c0 82 ans, Charles Aznavour revient aux \u00c9tats-Unis pour une ultime tourn\u00e9e d&#8217;adieux qui l&#8217;a d\u00e9j\u00e0 fait passer par l&#8217;Allemagne, et devrait le mener dans de nombreux autres pays, dont l&#8217;Espagne, la Grande-Bretagne, l&#8217;Italie ou encore le Japon. Il sera le 12 septembre \u00e0 Seattle, le 13 \u00e0 San Francisco, le 16 \u00e0 Washington DC, les 18-19 \u00e0 New York, le 21 \u00e0 Boston et le 25 \u00e0 Saratoga. Autant d&#8217;occasions de venir \u00e9couter, une fois encore - une derni\u00e8re fois ? - quelques-uns des grands classiques inscrits au r\u00e9pertoire de ce monstre sacr\u00e9, qui est l&#8217;un des rares chanteurs fran\u00e7ais, avec Yves Montand, \u00c9dith Piaf ou Maurice Chevalier, \u00e0 avoir su conqu\u00e9rir le public am\u00e9ricain.     <\/b><\/p>\n<p>N\u00e9 un 22 d\u00e9cembre \u00e0 Paris de parents d&#8217;origine arm\u00e9nienne, Charles Aznavour a toujours aim\u00e9 les \u00c9tats-Unis. Il s&#8217;y est rendu pour la premi\u00e8re fois en 1948, pour une tourn\u00e9e avec Pierre Roche. Par la suite, il n&#8217;aura cesse de revenir. Par deux fois, il y \u00e9lira domicile ; il s&#8217;y mariera, m\u00eame, et y scolarisera ses enfants. Dans cet entretien, Charles Aznavourle d\u00e9taille sa relation avec ce pays qu&#8217;il dit \" adorer \". \" Mes influences sont fran\u00e7aises \", indique-t-il quand on \u00e9voque Sinatra, un autre grand nom de la chanson auquel on le compare souvent - \u00e0 tort. Mais son c\u0153ur est en partie am\u00e9ricain.      <\/p>\n<p><b>Le Francophile -.Qu&#8217;est-ce qui vous a donn\u00e9 envie de revenir aux \u00c9tats-Unis pour cette ultime tourn\u00e9e ?  <\/b><br \/>\n<b>Charles AZNAVOUR -<\/b> J&#8217;ai 82 ans. N&#8217;ayons pas peur de le dire : il arrive un moment o\u00f9 l&#8217;on sait que le m\u00e9tier va s&#8217;arr\u00eater. Or avant qu&#8217;il ne s&#8217;arr\u00eate, j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de l&#8217;arr\u00eater. J&#8217;ai lanc\u00e9 cette tourn\u00e9e pour venir, une derni\u00e8re fois, chanter devant mon public. Comme je suis pass\u00e9 par de nombreux pays au cours de ma carri\u00e8re - plus de<br \/>\n90 -, cela devrait me prendre 4 ou 5 ans pour faire mes adieux.    <\/p>\n<p><b>Cette tourn\u00e9e aux \u00c9tats-Unis s&#8217;inscrit donc dans un contexte international ?  <\/b><br \/>\nAussi longtemps que ma voix tiendra, aussi longtemps que je pourrai me tenir en sc\u00e8ne sans ressembler \u00e0 un vielliard cacochyme, j&#8217;en profite pour faire mes adieux. J&#8217;ai commenc\u00e9 par l&#8217;Allemagne en d\u00e9but d&#8217;ann\u00e9e. Je serai bient\u00f4t dans les pays anglophones. Je ferai ensuite mes adieux en espagnol - j&#8217;ai beaucoup de pays hispanophones \u00e0 visiter -, puis en italien. Enfin, j&#8217;ai pr\u00e9vu d&#8217;\u00eatre au Japon en mars prochain. Tout est planifi\u00e9 pour que mon d\u00e9part soit joliment orchestr\u00e9, comme mes tours de chant. Je terminerai quand Dieu le voudra bien !      <\/p>\n<p><b>Est-ce r\u00e9ellement notre derni\u00e8re occasion de vous voir sur sc\u00e8ne aux \u00c9tats-Unis ?  <\/b><br \/>\nSi je dois revenir aux \u00c9tats-Unis, je reviendrai ! Mais pas dans les villes qui sont inscrites au programme de cette tourn\u00e9e. <\/p>\n<p><b>Parlez-nous de votre relation aux \u00c9tats-Unis. C&#8217;est un pays que vous connaissez tr\u00e8s bien, puisque vous y \u00eates venus \u00e0 maintes reprises, et notamment d\u00e8s 1948, en tourn\u00e9e avec Pierre Roche.   <\/b><br \/>\nOui, je suis venu m&#8217;y perdre, parce que je n&#8217;avais pas de visa. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9, comme on l&#8217;est habituellement, conquis par ce peuple, par ce pays, par son mode de vie, qui n&#8217;\u00e9tait pas le mien. Moi, je combinais deux cultures : l&#8217;arm\u00e9nienne et la fran\u00e7aise. Me voil\u00e0 tout d&#8217;un coup confront\u00e9 \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique. \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le coup de foudre. Ma tourn\u00e9e avec Pierre Roche a dur\u00e9 trois ou quatre mois.<br \/>\nJe suis ensuite revenu vivre \u00e0 New York \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 pour une p\u00e9riode de deux ans. J&#8217;habitais le Village. Je me suis mari\u00e9 \u00e0 une Am\u00e9ricaine.<br \/>\nEnfin, mon troisi\u00e8me et dernier s\u00e9jour am\u00e9ricain date des ann\u00e9es 80. L\u00e0 encore, il a dur\u00e9 deux ans. Je me partageais entre Los Angeles et Greenwich, Connecticut. Mes enfants ont fait leurs \u00e9tudes en anglais, puis je suis rentr\u00e9 en Europe.          <\/p>\n<p><b>Vous aimez les \u00c9tats-Unis, cela se sent.  <\/b><br \/>\nC&#8217;est plus fort que cela : j&#8217;adore les \u00c9tats-Unis. C&#8217;est un pays qui vous donne envie de faire quelque chose. \u00c0 l&#8217;inverse de la vieille Europe, o\u00f9 l&#8217;on est oblig\u00e9 de se bousculer, l&#8217;Am\u00e9rique vous bouscule. \u00e7a aide les gens d&#8217;\u00eatre bouscul\u00e9 ainsi, c&#8217;est plus facile que d&#8217;avoir \u00e0 se bousculer soi-m\u00eame.   <\/p>\n<p><b>L&#8217;Am\u00e9rique aussi vous aime beaucoup. En t\u00e9moigne Ray Charles chantant \" La mamma \", ou encore Fred Astaire reprenant \" Les plaisirs d\u00e9mod\u00e9s \".   <\/b><br \/>\nOui. Entre l&#8217;Am\u00e9rique et moi, cela a toujours \u00e9t\u00e9 un \u00e9change. J&#8217;ai inspir\u00e9 plusieurs chanteurs et chanteuses am\u00e9ricains, dont Liza Minelli, qui ne s&#8217;est jamais cach\u00e9e.<br \/>\nJ&#8217;ai \u00e9t\u00e9 le premier chanteur fran\u00e7ais \u00e0 aborder des th\u00e8mes qui \u00e9taient, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, inacceptables pour des Am\u00e9ricains. Je pense entre autres \u00e0 \" Comme ils disent \" (une chanson sur l&#8217;homosexualit\u00e9, NDLR) ou encore \" La mamma \", qui \u00e9voque la mort de la m\u00e8re - laissez-moi vous dire que ce n&#8217;est pas le genre de sujets auxquels le public \u00e9tait habitu\u00e9 !<br \/>\nLa seule chanson qui ait \u00e9t\u00e9, \u00e0 une \u00e9poque, proche de cela, c&#8217;est \" Brother Can You Spare Me a Dime \" de Yip Harburg. Elle a \u00e9t\u00e9 unique, les Am\u00e9ricains n&#8217;ont pas suivi dans ce registre. C&#8217;est par la suite que le public a chang\u00e9 sa mani\u00e8re d&#8217;\u00e9couter certaines chansons, une fois que l&#8217;Am\u00e9rique s&#8217;est heurt\u00e9e \u00e0 des ennuis que nous connaissons bien en Europe - je pense notamment \u00e0 la guerre. Et \u00e0 mon sens, ils acceptent mieux d&#8217;entendre ce genre de choses dans la bouche d&#8217;\u00e9trangers plut\u00f4t que dans celle de leurs compatriotes.   <\/p>\n<p><b>Justement, parlons de la place que les \u00c9tats-Unis r\u00e9servent \u00e0 la chanson fran\u00e7aise.  <\/b><br \/>\nAlors l\u00e0, ce n&#8217;est m\u00eame pas la peine d&#8217;en parler : ils ne lui r\u00e9servent aucune place !<\/p>\n<p><b>Mais vous, vous \u00eates bien forg\u00e9 un public ?  <\/b><br \/>\nMoi, je me suis fait une place sur la sc\u00e8ne, j&#8217;ai un public, mais vous ne m&#8217;entendez pas \u00e0 la radio, n&#8217;est-ce pas ? On n&#8217;entend pas de chanteurs \u00e9trangers en Am\u00e9rique. C&#8217;est banni, cela n&#8217;existe pas. Cela n&#8217;int\u00e9resse personne. Les Am\u00e9rcains s&#8217;estiment servis. Ils ont ce dont ils ont besoin.     <\/p>\n<p><b>Petit d\u00e9tail pratique : chantez-vous en anglais ou en fran\u00e7ais sur la sc\u00e8ne am\u00e9ricaine ?  <\/b><br \/>\nJe ferai moiti\u00e9-moiti\u00e9. Il y aura 50 % de chansons en version originale, et 50 % de chansons traduites mot pour mot du fran\u00e7ais- je dis bien mot pour mot ; je n&#8217;ai pas sacrifi\u00e9 \u00e0 la commercialit\u00e9 en modifiant tel ou tel morceau pour plaire davantage \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique. Si on ne m&#8217;avait pas accept\u00e9 comme je suis - ce que les Am\u00e9ricains ont fait - je n&#8217;aurais pas pu venir.  <\/p>\n<p><b>Comment vous y \u00eates-vous pris pour conqu\u00e9rir un public aux \u00c9tats-Unis ?  <\/b><br \/>\nJe ne m&#8217;y suis pris d&#8217;aucune mani\u00e8re. Le public est venu de lui-m\u00eame. Il ne faut pas oublier que les Am\u00e9ricains sont des gens curieux. \u00c0 l&#8217;inverse des Europ\u00e9ens, ils sont capables d&#8217;aller voir un artiste qu&#8217;ils ne connaissent pas ou dont ils ont \u00e0 peine entendu parler, juste de bouche-\u00e0-oreille. On leur dirait \" Je vous recommande le spectacle de ces petits chanteurs cor\u00e9ens, ils sont formidables \", ils iraient. C&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;ils sont venus me voir. Je dois \u00e9galement pr\u00e9ciser que le fait d&#8217;avoir jou\u00e9 dans \" Ne tirez pas sur le pianiste \", un film de Truffaut sorti en 1960, a bien contribu\u00e9 \u00e0 ma carri\u00e8re am\u00e9ricaine. Truffaut avait une excellente image aux \u00c9tats-Unis ; il y faisait ses d\u00e9buts, c&#8217;\u00e9tait les miens aussi.       <\/p>\n<p><b>Aujourd&#8217;hui, ce sont plut\u00f4t des Am\u00e9ricains qui viennent vous voir, ou plut\u00f4t des Fran\u00e7ais d&#8217;Am\u00e9rique ?  <\/b><br \/>\nJe dois dire que les Fran\u00e7ais d&#8217;Am\u00e9rique sont venus tr\u00e8s tard \u00e0 moi. Et je vais vous dire pourquoi : parce qu&#8217;ils souhaiteraient que je chante tout en fran\u00e7ais. Or, j&#8217;estime qu&#8217;il n&#8217;est pas normal que je vienne dans un pays o\u00f9 l&#8217;on ne parle pas le fran\u00e7ais, et que j&#8217;impose au public 25 chansons dans une langue qu&#8217;il ne comprend pas. Non ! Il faut avoir une certaine \u00e9ducation, la politesse de pr\u00e9senter au public des choses qu&#8217;il peut comprendre. Reste qu&#8217;il y a \u00e9galement des Am\u00e9ricains qui ne parlent pas fran\u00e7ais, mais qui aiment entendre chanter dans notre langue - c&#8217;est l&#8217;exotisme ! C&#8217;est donc pour contenter tout le monde que je fais moiti\u00e9-moiti\u00e9.      <\/p>\n<p><b>Si vous deviez citer vos influences am\u00e9ricaines, y aurait-il Frank Sinatra ?  <\/b><br \/>\nNon, non, pas du tout, je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par Sinatra, pour la simple et bonne raison que lorsque j&#8217;ai d\u00e9but\u00e9, Sinatra n&#8217;existait pas encore. Mes influences sont ant\u00e9rieures \u00e0 cela. Elles auraient plut\u00f4t leur source dans la com\u00e9die musicale am\u00e9ricaine, plus que dans un chanteur en particulier. Mon \u00e9poque, c&#8217;\u00e9tait celle de Rudy Valley, de Bing Crosby&#8230; Vous remarquerez que je n&#8217;ai rien de Bing Crosby.<br \/>\nEn r\u00e9alit\u00e9, mes influences sont fran\u00e7aises. Typiquement fran\u00e7aises. \u00c0 cet \u00e9gard, il y a trois noms qui me viennent imm\u00e9diatement \u00e0 l&#8217;esprit : Charles Trenet, Maurice Chevalier et \u00c9dith Piaf. Voil\u00e0 mes sources d&#8217;inspiration. Je les admire toutes trois pour des raisons bien distinctes : Trenet pour ses textes, son style, sa po\u00e9sie ; Chevalier, pour son sens de la sc\u00e8ne et sa carri\u00e8re internationale ; Piaf pour son \u00e9motion.        <\/p>\n<p><b>Comment voyez-vous l&#8217;avenir de la chanson fran\u00e7aise, \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 vous tirez votre r\u00e9v\u00e9rence ?  <\/b><br \/>\nAttendez, j&#8217;en ferai toujours partie comme auteur ! Je continuerai \u00e0 \u00e9crire des chansons, m\u00eame si je ne chante plus. Et puis vous savez, on parle d&#8217;un avenir lointain. Cela va me prendre du temps de faire mes adieux. Je ne suis pas encore parti !    <\/p>\n<p><b>Que pensez-vous du renouveau de la chanson fran\u00e7aise, de la chanson \u00e0 texte ?  <\/b><br \/>\nMais il n&#8217;y a pas de renouveau de la chanson fran\u00e7aise ! Je ne sais pas pourquoi on dit toujours \" la nouvelle cuisine, la nouvelle chanson \"&#8230; Ce n&#8217;est pas vrai, tout \u00e7a ! Les gens ne sortent pas du bois avec du talent. Ils ont subi des influences, et ils composent avec. La nouvelle chanson fran\u00e7aise, cela veut simplement dire que des jeunes gens ont remarqu\u00e9 que la qualit\u00e9 valait mieux que le n&#8217;importe quoi dans la chanson. Ils privil\u00e9gient la chanson fran\u00e7aise pour s&#8217;exprimer, plut\u00f4t que la chanson internationale.     <\/p>\n<p><b>Et cela vous rend optimiste ?  <\/b><br \/>\nJ&#8217;ai toujours \u00e9t\u00e9 optimiste ! J&#8217;ai toujours su que l&#8217;on reviendrait a \u00e7a. Cela ne veut pas dire qu&#8217;on ne va faire que cela, qu&#8217;il n&#8217;y aura pas du rap, du slam, etc. Cela veut simplement dire qu&#8217;enfin, la chanson fran\u00e7aise cohabite avec un autre registre. Longtemps, on a du composer avec la chanson fran\u00e7aise et italienne. Aujourd&#8217;hui, cela se joue entre la chanson fran\u00e7aise et la chanson mondiale.     <\/p>\n<p><b>Vous \u00eates devenu fran\u00e7ais presque par hasard. En 1924 en effet, au moment de votre naissance, vos parents vivaient \u00e0 Paris dans l&#8217;attente d&#8217;obtenir un visa pour les \u00c9tats-Unis&#8230; Croyez-vous que si vous aviez vu le jour de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l&#8217;Atlantique, votre destin en aurait \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment chang\u00e9 ?   <\/b><br \/>\nNon, pas du tout. Je pense que je suis n\u00e9 pour \u00eatre ce que je suis devenu. Je crois que les gens naissent pour quelque chose. On ne se fabrique pas par rapport \u00e0 un pays. Certes, mon travail aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent ; ma mani\u00e8re de composer et d&#8217;\u00e9crire aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente, mes sujets auraient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rents -je n&#8217;ai aucun doute l\u00e0-dessus -, mais mes go\u00fbts auraient \u00e9t\u00e9 sensiblement les m\u00eames, car je les ai h\u00e9rit\u00e9s de mes parents. Je me serais probablement tourn\u00e9 vers les m\u00eames artistes. J&#8217;aurais certainement aim\u00e9 cette chanson de Yip Harburg dont je vous parlais tout \u00e0 l&#8217;heure : \" Brother, Can You Spare Me a Dime \". C&#8217;est une chanson qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pendant la grande d\u00e9pression des ann\u00e9es 30 ; c&#8217;est une chanson sublime, qui a marqu\u00e9, mais qui n&#8217;est pas devenue un succ\u00e8s international, car elle d\u00e9primait les gens. C&#8217;est une tr\u00e8s grande chanson am\u00e9ricaine.        <\/p>\n<p><b>Qu&#8217;est-ce que vous nous pr\u00e9parez pour votre venue aux \u00c9tats-Unis ?  <\/b><br \/>\nUn \" best-of \". Je ne suis pas venu aux \u00c9tats-Unis depuis six ou sept ans. Je suppose que ce que les gens veulent entendre, apr\u00e8s tout ce temps, ce sont mes classiques, ces chansons qu&#8217;ils n&#8217;entendent ni \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, ni \u00e0 la radio. Ils les auront !   <\/p>\n<p align=\"right\"><b>Propos recueillis par Claire DERVILLE  <\/b><\/p>\n<p>Charles Aznavour<br \/>\n\" La tourn\u00e9e d&#8217;adieu \"<br \/>\nConcerts \u00e0 New York, Boston, San Francisco, Seattle, Washington DC et Saratoga.<\/p>\n<p align=\"left\"><span style=\"font-size: x-large;\">Aznavour : la biographie de r\u00e9f\u00e9rence  <\/span><\/p>\n<p align=\"left\">Longtemps, Charles Aznavour disait n&#8217;avoir gu\u00e8re envie d&#8217;\u00eatre biographi\u00e9, \u00e0 moins que ce ne soit par lui-m\u00eame. Il a donc publi\u00e9 en 2004 <a href=\"https:\/\/amzn.to\/2XjKdld\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Le Temps des avants<\/a> (Flammarion, 353 p., 20 Euro), livre de souvenirs traversant une vie et une carri\u00e8re exceptionnelles, mais qui ne contentait peut-\u00eatre pas les fans d\u00e9sireux d&#8217;un livre de r\u00e9f\u00e9rence. Le voici maintenant, Charles Aznavour ou le destin apprivois\u00e9, biographie d\u00e9taill\u00e9e et pr\u00e9cise, nourrie par une belle enqu\u00eate dans les archives et un grand nombre d&#8217;entretiens avec t\u00e9moins et proches du chanteur. Alors qu&#8217;un Mus\u00e9e Aznavour doit bient\u00f4t ouvrir en Arm\u00e9nie, le chanteur voit sa vie, sa carri\u00e8re et son oeuvre d\u00e9cortiqu\u00e9es en plus de 600 pages men\u00e9es avec souffle et g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.   <\/p>\n<p align=\"left\">Le chantier a \u00e9t\u00e9 commenc\u00e9 par Marc Robine, h\u00e9las brutalement disparu en ao\u00fbt 2003, et repris par Daniel Pantchenko, \u00e9galement journaliste du trimestriel Chorus-Les Cahiers de la chanson, appartenance qui a mis en confiance le chanteur - \" Avec eux, je n&#8217;avais aucune raison de me m\u00e9fier ! \". Tout est l\u00e0, en effet, \u00e0 commencer par une plong\u00e9e dans les racines familiales de Charles, Varinag Aznavourian, n\u00e9 le 22 mai 1924 \u00e0 Paris VI e : le peuple arm\u00e9nien \u00e9parpill\u00e9 sur les routes du monde apr\u00e8s des dizaines d&#8217;ann\u00e9es de pers\u00e9cutions et le g\u00e9nocide d\u00e9clench\u00e9 par les autorit\u00e9s turques en avril 1915, la France hospitali\u00e8re, la vie de d\u00e9brouille, d&#8217;ambition et de ferveur des exil\u00e9s qui veulent se faire une vie nouvelle. L&#8217;enqu\u00eate historique est \u00e9tonnante, notamment lorsque la destin\u00e9e des Aznavourian croise Manoukian - oui, le Manoukian de l'\" Affiche rouge \", qui apprendra le jeu d&#8217;\u00e9checs \u00e0 Charles.  <\/p>\n<blockquote><p>\" On me dit qu&#8217;il y a dans son livre ce qu&#8217;il n&#8217;y a pas dans le mien. Moi, j&#8217;\u00e9tais beaucoup plus pudique \"<\/p><\/blockquote>\n<p>nous a dit Charles Aznavour \u00e0 propos de cette biographie. En effet, <a title=\"Pantchenko\" href=\"https:\/\/www.amazon.co.uk\/Charles-Aznavour-contre-courant-chansons-firent\/dp\/2356877282?crid=Z14ZZM38TZMQ&amp;keywords=PANTCHENKO&amp;qid=1669046845&amp;s=books&amp;sprefix=panchenko%2Cstripbooks%2C169&amp;sr=1-1&amp;linkCode=ll1&amp;tag=lefrancophile-21&amp;linkId=e26c308446a84e1d7bfc1407961f9285&amp;language=en_GB&amp;ref_=as_li_ss_tl\" rel=\"sponsored \">le r\u00e9cit de Pantchenko<\/a> d\u00e9taille les interminables d\u00e9buts d&#8217;un chanteur entr\u00e9 d\u00e8s l&#8217;enfance dans le monde du spectacle, mais qui mettra des ann\u00e9es \u00e0 conqu\u00e9rir sa place, renomm\u00e9e et bonne fortune. R\u00e9cit des ann\u00e9es dures, des rebuffades d&#8217;\u00c9dith Piaf aux jugements abrupts de la critique, des doutes de professionnels aux d\u00e9crets arbitraires du public. Aujourd&#8217;hui, Aznavour relativise la duret\u00e9 de ce temps-l\u00e0 :   <\/p>\n<blockquote><p>\" Cela fait soixante-treize ans que je fais ce m\u00e9tier. M\u00eame si j&#8217;avais pass\u00e9 la moiti\u00e9 \u00e0 gal\u00e9rer, ce n&#8217;est pas la mer \u00e0 boire. Si j&#8217;ai une \u00e9criture profonde, grave, fouill\u00e9e, cela vient de l\u00e0. Rien n&#8217;a \u00e9t\u00e9 futile dans ma carri\u00e8re. \"<\/p><\/blockquote>\n<p>Car Aznavour n&#8217;est pas un chanteur l\u00e9ger. Certes, il fait lui-m\u00eame la distinction entre ses \" deux m\u00e9tiers : la chansonnette, comme avec Au creux de mon \u00e9paule et des chansons plus fortes comme Tu t&#8217;laisses aller ou la d\u00e9cision, le premier dans la chanson fran\u00e7aise, d&#8217;aborder l&#8217;homosexualit\u00e9 dans Comme ils disent. \"Il revendique la distinction, non d&#8217; \" auteur de chansons \" mais d&#8217; \" \u00e9crivain de chansons \". <\/p>\n<p>\u00c9norme pourvoyeur du patrimoine en grandes chansons classiques port\u00e9es par lui-m\u00eame ( La Boh\u00e8me, Mes emmerdes, Non je n&#8217;ai rien oubli\u00e9, Emmenez-moi, Les Plaisirs d\u00e9mod\u00e9s, For Me formidable, Mourir d&#8217;aimer&#8230; ) ou donn\u00e9es \u00e0 d&#8217;autres interpr\u00e8tes ( Retiens la nuit pour Johnny Hallyday, La Plus Belle pour aller danser pour Sylvie Vartan&#8230;), il va enregistrer une oeuvre colossale en fran\u00e7ais et dans une demi-douzaine de langues.<\/p>\n<p><strong>Modestie jamais, humilit\u00e9 toujours<\/strong><\/p>\n<p>Travailleur opini\u00e2tre, il m\u00e8ne plusieurs carri\u00e8res de front, dans la chanson et dans le cin\u00e9ma, en France et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, comme interpr\u00e8te et comme auteur-compositeur pour d&#8217;autres&#8230; Comme le dit Patachou \u00e0 Daniel Pantchenko :<br \/>\n\"<\/p>\n<blockquote><p>Modestie jamais, humilit\u00e9 toujours\"<\/p><\/blockquote>\n<p>Et, si brillante que soit son oeuvre, Aznavour professe toujours la discipline du travail et du doute :<\/p>\n<blockquote><p>\" Avoir des facilit\u00e9s est le plus dangereux dans ce m\u00e9tier. Il faut toujours revenir, revenir, revenir sur ses chansons jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;enregistrement. \"<\/p><\/blockquote>\n<p>Et ensuite ? La vie ne s&#8217;arr\u00eate pas \u00e0 la fin de sa biographie. \u00c0 la rentr\u00e9e, outre un nouveau voyage dans sa ch\u00e8re Arm\u00e9nie dont il est devenu de fait l&#8217;ambassadeur universel, il part \u00e0 Cuba enregistrer un nouvel album avec Chucho Valdes, orientation latine qui l&#8217;a conduit \u00e0 r\u00e9\u00e9crire les musiques de plusieurs chansons en chantier. \"J&#8217;ai d\u00fb faire le double de travail. \"Et il aimerait bien qu&#8217;un autre auteur vienne \u00e0 son tour fouiller non sa vie mais ses chansons, pour une \u00e9tude critique. Quant \u00e0 lui, il pense \u00e0 faire partager son exp\u00e9rience unique de la sc\u00e8ne, du studio et de la cr\u00e9ation : \" J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 prendre des notes pour \u00e9crire un livre sur la fa\u00e7on de faire ce m\u00e9tier, mais sans donner de conseils. \"Des conseils ? Sa r\u00e9ussite prouve qu&#8217;il ne les a pas tous \u00e9cout\u00e9s&#8230;      <\/p>\n<p align=\"right\"><b>Bertrand DICALE  <\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview de Charles Aznavour avant ses concerts aux \u00c9tats-Unis dans le cadre de sa tourn\u00e9e d&#8217;adieu 2006 CHANSON Charles Aznavour revient aux \u00c9tats-Unis pour une ultime tourn\u00e9e d&#8217;adieux \u00c0 82 ans, Charles Aznavour revient aux \u00c9tats-Unis pour une ultime tourn\u00e9e d&#8217;adieux qui l&#8217;a d\u00e9j\u00e0 fait passer par l&#8217;Allemagne, et devrait le mener dans de nombreux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":24,"featured_media":9982,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[2869],"tags":[2744,2743,2809],"class_list":{"0":"post-18614","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-musique","8":"tag-chanson","9":"tag-charles-aznavour","10":"tag-interview"},"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18614","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/24"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18614"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18614\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9982"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18614"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18614"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lefrancophile.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18614"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}