HISTOIRE
Le phare de Corduan Le Phare de Corduan, situé à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, est le plus ancien phare de France et avertit toujours les marins des eaux dangereuses. Le « Phare des Rois », achevé en 1611, a été classé monument en 1862, la même année que Notre-Dame de Paris.
Le phare de Corduan se trouve sur le plateau de Corduan, une zone de hauts-fonds rocheux et sablonneux à l’entrée de l’estuaire de la Gironde formé par la Garrone et la Dordogne dans l’océan Atlantique.
Des documents ecclésiastiques datant de 1092 font état de moines qui se sont retirés sur l’île de Corduan, faisant sonner une cloche et allumant des feux pour avertir les marins du danger.
Au XIVe siècle, le prince Édouard de Woodstock (1330-1376), le Prince Noir, qui régnait sur la province de Guyenne (englobant une grande partie de la Nouvelle Aquitaine et de l’Occitanie actuelles), a construit la Tour du Prince Noir. Un ermite vivant dans la tour était chargé d’allumer des feux et d’accorder le passage aux navires entrant dans l’estuaire.
Le Maréchal de Matignon Jacques II Goyon de Matignon (1525-1598), Comte de Torigni, Prince de Mortagne-sur-Gironde, gouverneur de Guyenne, confie en 1584 à l’ingénieur-architecte et horloger du roi Philippe II d’Espagne, Louis de Foix (1535-1604), la conception et la construction du Roi des Phares. Après 18 ans et toute sa fortune, il mourut et la légende veut qu’il soit enterré dans un compartiment secret à l’intérieur du phare.
Le fils de Louis reprend les travaux mais, faute de moyens, passe le relais à François Beuscher, ancien conducteur de travaux, pour achever la construction.
Le Versailles de la Mer, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, a nécessité 27 ans de travaux et a été achevé en 1611. Il a fallu construire une petite ville et la protéger de l’océan Atlantique. Abritant jusqu’à 50 ouvriers avec des ateliers, une forge, des fours à pain, un moulin, des magasins d’alimentation, une écurie et, bien sûr, une cave à vin, la ville a succombé à la puissance des marées après l’achèvement du phare.
Le feu, fait de bois imbibé de poix et de goudron, était contenu dans un bassin sur un piédestal de bronze, abrité dans un dôme, s’élevait à 37 mètres au-dessus de la marée la plus haute et brillait à travers des vitraux.
Au cours des 300 années qui ont suivi, des ajouts ont été effectués, soit dans le cadre d’améliorations planifiées, soit à la suite de dommages. Une violente tempête en 1645 a détruit le dôme, qui a été rétabli en 1664. Le brillant ingénieur Joseph Teulère (1750-1824) a porté la tour à 60 mètres au-dessus du niveau de la mer lors de rénovations majeures entre 1782 et 1790. Le rez-de-chaussée, le premier et le deuxième étage d’origine ont conservé leur riche décor Renaissance, tandis que les ajouts ont été réalisés dans un style Louis XVI plus sobre.
Étienne Lenoir (1744-1832), le renommé fabricant d’instruments scientifiques, conçoit une nouvelle lampe avec l’aide de l’horloger Mulotin de Dieppe. La nouvelle lampe rotative a été mise en service le 29 août 1790. Ses lampes Argand, alimentées par un mélange de graisse de baleine, d’huile de colza et d’huile d’olive, et ses réflecteurs métalliques, représentaient l’apogée de la technologie de l’éclairage.
Malheureusement, des problèmes de conception et de qualité des matériaux sont rapidement apparus. La lampe n’a pas atteint son potentiel et était à peine visible.
En 1822, l’ingénieur et physicien Augustin Fresnel (1788-1827) invente la lentille éponyme. Le 25 juillet 1823, le premier phare à lentille de Fresnel a été allumé à Corduan. Le feu alimenté par l’huile de colza était visible jusqu’à l’horizon à 32 km de distance.
En 1948, le phare a été électrifié et des lampes électriques ont été installées au fur et à mesure des progrès technologiques. La lampe aux halogénures métalliques installée en 2006 a une portée de 40,74 km.
Le Phare de Corduan est le dixième plus haut phare du monde et le troisième de France, après ceux de l’île Vierge et de Gatteville. Jusqu’en 2012, il était habité par des gardiens employés par l’Etat, cantonnés dans la Cuirasse. Aujourd’hui, les gardiens employés par le syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde(SMIDDEST) sont chargés de l’entretien, du nettoyage et de l’accueil des visiteurs pendant l’été.
PRÉSENTATION
La base de la tour.
Le phare a été construit sur une base rocheuse. Un mur appelé Cuirasse l’entoure pour le protéger des assauts des vagues. Sept marches permettent d’accéder à la porte de marée. Un escalier de dix-huit marches permet ensuite d’accéder à la cour intérieure et au rez-de-chaussée du phare.
La tour compte six étages :
Le rez-de-chaussée est percé d’une porte monumentale qui mène au vestibule, dont le sol est constitué de dalles en pierre de Barsac. Un escalier de 301 marches mène au sommet du phare (huit marches supplémentaires mènent à la lanterne mais sont inaccessibles aux visiteurs).
Le premier étage abrite l' »appartement du roi », bien qu’aucun roi n’y ait jamais séjourné. Il fut aménagé en 1664 par Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), ministre de Louis XIV. C’est une salle voûtée équipée d’une véritable cheminée, pavée de marbre gris de Sainte-Anne et noir de Belgique, et décorée de pilastres portant les monogrammes de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse.
Le deuxième étage est la chapelle, la pièce la plus majestueuse du phare. Elle possède un plafond voûté et huit baies richement décorées, séparées par des pilastres. L’étage a le même sol en marbre que l’appartement du roi et la chambre des Girondins. Les deux vitraux, installés lors de la construction de la chapelle, ont été remplacés en 1855. Chaque année, des bénédictions nuptiales et des baptêmes sont célébrés dans la chapelle. Le Phare de Cordouan est le seul phare au monde à posséder une chapelle consacrée.
Le troisième étage s’ouvre sur une grande salle lumineuse appelée « Salle des Girondins » ou « Salle des Bordelais », pavée du même marbre gris et blanc de Sainte-Anne et du marbre noir de Belgique. C’est le premier niveau issu des travaux de rehaussement du phare réalisés par Joseph Teulère, d’où l’on peut observer l’architecture complexe de la tour et le large escalier qui mène à la lanterne.
Le quatrième étage sert de palier, appelé « salle des contrepoids ».
Le cinquième étage est également un palier ; c’est là que se trouve la poulie utilisée pour soulever le combustible à travers les trous circulaires centraux de l’escalier. La salle est appelée « salle des lampes ».
Entre le cinquième et le sixième étage se trouve la salle de quart ou « salle de garde », recouverte d’un parquet en chêne, qui est meublée de deux lits placés dans des alcôves à l’usage des gardes.
Le sixième étage, enfin, est celui de la lanterne. Avant l’électrification en 1948, une poulie acheminait le combustible par des trous d’environ un mètre de diamètre au centre du plafond de chaque phare.








