En souvenir de Jenny Batlay : La lumineuse qui peignait des étoiles et écrivait avec joie
Le monde de l’art de vivre à la française a perdu l’une de ses figures les plus dévouées et les plus lumineuses en mars 2020 avec le décès de Mme Jenny Batlay. Universitaire de renom, artiste primée et collaboratrice dévouée du journal Le Francophile. Jenny Batlay s’est attachée à partager sa passion pour les arts, la littérature et le dialogue culturel français.
Sa fille, Marcelline Block, a parfaitement résumé sa passion : pour Jenny, écrire pour cette publication était "l’une des plus grandes joies de sa vie". Grâce à ses nombreuses contributions, sa voix a inspiré et mis en contact les lecteurs avec le meilleur du cinéma, de la cuisine et de la littérature française, toujours avec la perspicacité d’une véritable érudite.
Un brillant voyage de Montpellier à Columbia
Née à Montpellier, dans le sud de la France, Jenny Batlay a brillé dès son plus jeune âge. Son engagement pour les arts français l’a conduite à traverser l’Atlantique dans les années 1960. Jenny est titulaire d’un doctorat en philologie française et romane de l’université de Columbia à New York.
Au cours de sa carrière universitaire, Mme Batlay a enseigné dans certaines des institutions les plus prestigieuses des États-Unis, notamment à l ‘université de Columbia, à l’université de Princeton et à l’université de Fordham, et elle a longtemps fait partie du corps enseignant de l’Institut français/Alliance française (FIAF) à Manhattan. Ses travaux universitaires, notamment son article sur le portrait dans "L’art du portrait dans Gil Blas", démontrent sa capacité à analyser la culture avec rigueur intellectuelle.
L’œil de l’artiste : Capturer les célébrités
Jenny Batlay est également reconnue comme peintre. Son talent s’est révélé dès sa jeunesse, ce qui lui a permis d’exposer pour la première fois à Montpellier à l’âge de 12 ans, puis à Paris, à la galerie Marcel Bernheim, alors qu’elle n’avait que 14 ans. La carrière artistique de Jenny a donné lieu à de nombreuses expositions des deux côtés de l’Atlantique.
Son médium de prédilection était le portrait, et ses sujets étaient choisis parmi les légendes du monde de l’art et de la musique, notamment :
- Le violoncelliste Pablo Casals
- Les violonistes David Oistrakh et Yehudi Menuhin
- Des icônes françaises comme Maurice Chevalier et Charles Aznavour
Ses œuvres ne sont pas seulement exposées dans des galeries, mais aussi dans d’importantes collections privées. Ses contributions artistiques se sont également étendues à l’illustration de livres, renforçant ainsi sa double identité d’artiste et de figure littéraire.
Une voix pour le féminisme
L’engagement de Jenny Batlay en faveur de la culture française allait au-delà de l’esthétique. Inspirée par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir et les mouvements féministes des années 1970, elle a courageusement défendu la "voix féminine" dans le monde universitaire dominé par les hommes. Alors qu’elle enseignait la langue et la littérature françaises à l’université de Princeton en 1977, elle a accepté l’étiquette "désobligeante" de "féministe" attribuée par ses collègues masculins.
Le Dr Batlay a dressé une liste de lecture d’auteurs féminins français, en remontant les racines intellectuelles du féminisme jusqu’à la poétesse française médiévale Christine de Pizan. Elle considère la condescendance du "Old Boy Network" comme une tentative de "neutraliser notre pouvoir" et, grâce au soutien de ses contemporains, elle se présente comme la "porteuse isolée d’une torche féministe dans le monde souterrain de la mégalomanie masculine de l’université de Princeton".
Le cœur battant du francophile
Pour nos lecteurs, l’héritage le plus familier de Jenny Batlay réside dans les articles perspicaces publiés dans Le Francophile. En tant que rédactrice et auteure dans les années de formation du journal, ses contributions couvraient l’ensemble de la culture française dans son pays d’adoption, prouvant ainsi que sa passion allait bien au-delà de la sphère académique.
Qu’elle parle des nuances de la haute cuisine au Café Boulud, qu’elle partage une critique de film dans son premier article "Rendez-vous in Paris" (1996) ou qu’elle rende compte des événements culturels de sa ville d’adoption dans sa rubrique "Du COTE de CHEZ SAM, rubrique mensuelle des événements culturels new yorkais" (2000), sa prose est toujours captivante et profondément informée. Elle rendait le monde de la haute culture française accessible et joyeux, permettant à ses lecteurs de se sentir connectés et appréciés.
L’héritage de Jenny
Jenny Batlay a vécu une vie qui a merveilleusement fusionné son héritage français, son impulsion artistique et son engagement en faveur de l’éducation. Elle laisse derrière elle une riche tapisserie de travaux universitaires, des portraits saisissants et, surtout, des écrits qui célèbrent véritablement la belle France. Elle laisse dans le deuil sa fille, Marcelline Blockqui a suivi les traces de sa mère en tant que professeur et a également contribué à ce magazine.
Bien que l’occasion de rencontrer personnellement le Dr Jenny Batlay ne se soit jamais présentée avant son décès, ceux qui ont porté le flambeau du Francophile n’ont réussi qu’à effleurer la surface de ses réalisations impressionnantes et à multiples facettes. Nous sommes immensément fiers de ses contributions. Ses articles perspicaces - et la profonde passion pour la belle France qu’ils contiennent - resteront une partie permanente et précieuse du Francophile, garantissant que sa voix et son amour pour la culture française continueront à résonner auprès de nos lecteurs pour les années à venir.








