Andreï Makine

D’un Goncourt à l’Autre

In Littérature, Livres by Jenny Batlay0 Comments

par Jenny Batlay

Le Testament françaisLe Prix Goncourt, l’un des prix littéraires les plus prisés des écrivains français, a été attribué en 1995 à Andreï Makine pour son quatrième roman Le Testament Français, qui a obtenu simultanément le Prix Medicis, un rare exploit sur la scène littéraire parisienne qui ne manquait guère, l’année dernière, comme d’habitude, de publications méritoires. Makine, né en Russie, vit et écrit en France depuis neuf ans.

Dans Le Testament Français, un roman autobiographique sans doute, Makine raconte comment une grand-mère née en France, Charlotte Lemonnier, a nourri le narrateur de littérature et poésie française, et lui a dépeint au travers de nos auteurs ainsi que de sa propre expérience, une vision mythique d’une France grandiose et lointaine.

Après d’innombrables péripéties dans les steppes sauvages, d’effroyables rencontres avec des hommes-samovars (des mutilés de guerre dont les bras et les jambes ne sont plus que des tronçons) le tout cont‚ vivement dans une langue poétique et imagée –les adjectifs y abondent– le narrateur parvient, après beaucoup de retours en arrière, de révélations et détours par le souvenir, à cette France tant désirée. Mais cette France mythique, celle de Hugo, Nerval et Proust, “France-Atlantide” qui, par les récits de Charlotte à Saranza surgit des steppes glacées, est-elle bien celle qu’il va découvrir?

“C’est en France que je faillis oublier définitivement la France de Charlotte_” (p. 267) va-t-il confier.Andrei Makine

En 1960, un autre écrivain d’origine russe aussi, Romain Gary,La promesse de l'aube Prix Goncourt 1956, publiait son autobiographie, La Promesse de l’Aube, l’un des plus beaux textes sur l’amour et la folie maternelle jamais écrit, empreint lui aussi de cette grandiose image que l’on avait de la France à l’étranger, particulièrement en Russie. Je suis frappée de la similarité du thème de cette belle France mythologique, encensée par des mères ou grand-mères slaves inculquant à jamais un amour et respect inébranlable pour notre pays à leurs enfants au point de faire commettre à Gary les actions héroïques par lesquelles il se distingua pendant la deuxième guerre mondiale.

Ces auteurs qui chantent la France, plus Français que des Français, si l’on peut dire, méritent bien notre admiration. Ils portent haut le flambeau de la France idéale que le Français de tous les jours risquerait peut-être, perdu dans les détails complexes de la quotidienneté d’oublier. Ils nous donnent, par leur regard neuf (naïf même) la France telle qu’en elle-même enfin l’éternité ne la change, la vraie patrie telle qu’elle se doit à elle-même d’être et qui vit dans le coeur enthousiaste de ces enfants russes écrivant en français. Curieusement, Makine ne cite pas Gary parmi les auteurs qui l’ont inspiré, mais le lecteur attentif discernera plus d’une similarité thématique ainsi qu’un certain goût aventureux de la mystification, bien que les styles n’aient rien en commun, entre ces deux textes que relie la ferveur d’une ancêtre pour notre pays enchanteur.

Andréï Makine, Le Testament Français, roman, Paris; Mercure de France, 1995, 309 p. Prix Goncourt, Prix Medicis ex-aequo 1995.
Romain Gary, La Promesse de l’Aube, Paris; Gallimard, 1960, 391 p.

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